. 6 – Une soirée dans « la Nef des Fous »

Quatre demis et deux doubles whiskies plus tard Bor se retrouve chez Moché. A cette heure-là, la rue des Juifs est particulièrement tranquille. Une population de bobos siège désormais dans cet ancien quartier populaire devenu quartier cossu de capitale régionale. L’homoboboïtus dit être citoyen de la ville monde et de ce quartier village, qu’il aime appeler, sa Juiverie. Le bobo est à l’aise dans la mondialisation. Il privilégie à la fois le très loin et le très proche. Ses enfants ont, en général, plus voyagé à 10 ans qu’un Français moyen dans toute sa vie. Bor s’amuse souvent de la boboïtude avec ses amis.


Deux coups de sonnette très brefs et Mochè vient l’accueillir à la porte qui jouxte le magasin. Après l’embrassade traditionnelle Mochè invite Bor à le suivre dans l’escalier qui mène à l’appartement du premier étage. C’est un escalier en colimaçon comme il les aime, du chêne massif et chevillé. L’appartement de Mochè est lui aussi très beau et très bien restauré. Seules les poutres et les tomettes ont été conservées par les professionnels du bâtiment. Dans la pièce, totalement recréée, une partie déplafonnée redonne du volume à l’espace. L’ensemble, même le bois, a été repeint en blanc pour amener de la lumière, mais dans un esprit contemporain qui garde la chaleur de l’ancien. Un grand tapis persan blanc agrémenté de motifs noirs recouvre partiellement les tomettes terre de Sienne et donne à la pièce une chaleur enveloppante.
Mochè fait installer Bor dans un fauteuil en cuir élimé. Sur une table basse une bouteille de Bourgogne est ouverte, le vin préféré du bouquiniste. Mochè va pour servir Bor quand la sonnette retentit brusquement. « – Ah! Je vais ouvrir, excuse-moi deux minutes camarade! ». Le ton de voix de Mochè est plus enjoué qu’à l’habitude. Ses yeux rigolards et son air amusé n’échappent pas à Bor. Mochè vit seul depuis que Bor le connait et il lui plait de dire « Qu’au grand jamais, il ne trompera ses livres avec une femme et que tous ces écrits le lui rendent bien ». Plus jeune il avait vécu avec plusieurs femmes, qui l’avaient quitté les unes après les autres. Ce doit-être difficile de vivre avec un catalogue vivant.

Bor en est là de ses réflexions, lorsque Mochè, tout sourire revient dans la pièce. « – Ami, une surprise, non, deux surprises pour toi ! ». Et Bor voit rentrer dans la pièce, Lina, tout de noir vêtu, comme à son habitude et Anja qui court à travers la pièce et vient s’écraser dans les bras de son père. Après avoir câliné sa petite fille chérie, Bor se lève et regarde Lina tout en gardant les mains sur les épaules de sa puce. Un petit sourire fleurit sur les lèvres groseille de Lina. Derrière ses lunettes Mochè, l’entremetteur, observe la situation et dit à Bor : « – Je me suis dit que l’on pouvait convier ces deux adorables personnes à notre soirée, alors ipso-facto, les voilà. ». Bor fait un pas vers Lina qui ne bouge pas. Puis, il se décide à aller l’embrasser, lui, il l’aime toujours autant. Lina accepte le baiser amical de son ancien compagnon, le retour n’est exécuté que du bout des lèvres. Mochè casse la gêne de ces retrouvailles forcées par un jovial « – A table! ». Anja ne quitte pas son père d’une semelle et se blottit près de lui lorsqu’il s’assoit. Lina s’installe à côté de Mochè.


« – Eh bien ce soir pour agrémenté ma conférence « Corbus », je vous ai préparé un repas dans le ton, si je puis dire, linguines à l’encre de seiches, poivrons grillés et chorizo, tout le monde aime ? ». Les amis de Mochè acquiescent chaleureusement. Mochè dépose la bouteille de Bourgogne sur la table après avoir servi Lina et Bor. Anja a droit à un Orangina avec une paille, pour son plus grand plaisir. Mochè part à la cuisine chercher le repas. Durant l’absence de Mochè les deux anciens compagnons échangent amicalement sur Anja : sa nouvelle école, les activités extra-scolaires, la danse, la musique. Profitant de ces échanges sur leur gamine, Bor admire son ancienne compagne et ce côté gothique romantique toujours présent. Longs cheveux noirs enrubannés de mauve, maquillage noir très prononcé et lèvres rouges, bustier noir décoré de roses en velours et en imitation cuir doré, lacé dans le dos, jupe courte en satin noir bordée de dentelles mauves, enfin l’éternelle triskèle de culture celtique en pendentif. Pour Lina l’image du corps, le paraître, l’apparence, doivent être en adéquation avec l’être, c’est ce qu’elle dit. Tout doit-être entretenu au millimètre près: coiffure, maquillage, vêtements, bijoux. L’humain devient une œuvre d’Art en perpétuelle mutation, son image en permet l’expression. Un gothique recherche la fantaisie, l’originalité et la provocation. Il aime se montrer, s’exposer et attirer le regard de l’autre sans crainte de son jugement. Aussi Lina, exprime-t-elle un rejet violent par rapport à l’uniformité, aux conventions, à la domination de la norme, dans une opposition affirmée. Le gothique revendique sa différence et son indépendance, certifiait-elle : il conçoit la vie autrement. Et surtout, surtout, il célèbre l’art sous toutes ses formes. Bor se souvenait des livres de chevet de Lina : Baudelaire, Lautréamont, Poe, Lovecraft, Sade, Artaud avec sa réécriture du Moine de Lewis. Des chanteurs qu’elle préférait Marilyn Manson, The Cure, Dead Can Danse et leur superbe The Host of Seraphin.

Après avoir mangé la spécialité italienne de Mochè, Anja montre des signes de fatigue en se pelotonnant contre son père. Bor la prend dans ses bras et l’installe confortablement dans un des fauteuils pour qu’elle puisse dormir. Mochè attend son retour en échangeant avec Lina sur leur passion commune, ésotérisme et occultisme. A son retour, Mochè attaque sa conférence. « – Bor m’a demandé tout à l’heure de la documentation sur les Corbeaux, je pense qu’il va faire une thèse sur le sujet, j’ai imaginé Lina que cela pouvait t’intéresser. ». Bor ne dément pas les propos de Mochè et fait mine de croire à la raison évoquée sur la présence de Lina. Bor sait que Mochè les aime bien tous les deux et que leur séparation le rend triste. Une manœuvre donc.

« – Mes amis, je commencerai mon exposé par une parabole comme le fit le Christ : Les fruits ont sérieusement besoin d’être cuits par le feu ou adoucis par le gel pour être consommables. Dans nos campagnes circule une étrange recette de cuisine. Si vous voulez manger un corbeau, il convient de placer l’oiseau dans une marmite pleine d’eau bouillante, après lui avoir enlevé toutes les plumes. Au fond de la marmite on met également une pierre trouvée sur le chemin. La durée de la cuisson du volatile est variable : lorsque la pierre est cuite, le corbeau peut-être servi sur la table d’hôte! ».
Mochè éclate d’un grand rire, comme à son habitude, se sert un verre de Bourgogne, du Nuits Saint Georges, se délecte avec une bonne rasade et poursuit : « – L’image que les hommes avaient des corbeaux et des corneilles était initialement très positive. Elle s’est dégradée en Europe à partir du haut Moyen-Age. Pour les civilisations celtes et germaniques, les rapports avec la nature étaient empreints de respect. Les prédateurs, notamment, faisaient l’objet d’attention et d’admiration. Une mutation des valeurs s’est amorcée sous l’influence du christianisme, modifiant les habitudes des sociétés paysannes sédentarisées. ». Puis Mochè après un temps, reprend, insistant sur chaque mot: « – Dans ce nouveau système de valeurs, les animaux domestiques et les jardins ont peu à peu supplanté les animaux sauvages et la nature. La peur de la nature, dont on s’éloignait de plus en plus, a désormais conditionné le quotidien des hommes. » Puis il continue d’une manière vive : « – Au Moyen-Age, les corbeaux et les corneilles ont été associés aux grandes épidémies et aux champs de bataille, sur lesquels ils se pressaient en nombre. Sous l’influence de la religion chrétienne, le comportement naturel des oiseaux a été interprété différemment. Jusque-là charognards bienvenus, ils furent dès lors perçus comme des profanateurs troublant la paix des morts. Leur préférence pour la viande des cadavres, la couleur noire de leur plumage et la tonalité lugubre de leurs cris: autant de caractéristiques suggérant une malédiction divine. Les rapports constants que ces oiseaux entretenaient avec la mort, les cimetières, les champs de bataille, les gibets et autres pelotons d’exécution, ont provoqué leur assimilation à des messagers de la mort, ou de toute autre forme de malheur. ». Mochè ponctue ses désapprobations en frappant la table du plat de la main droite, puis de la main gauche, alternativement : « – Pour se prévenir du mal, on n’hésitait pas à crucifier des corneilles et des pies. Lors des procès de sorcellerie, les corbeaux et les corneilles ont été stigmatisés comme compagnons des sorcières. A cette époque, la seule présence d’une corneille durant les travaux des champs pouvait entraîner des accusations de sorcellerie. Les « corbeaux » désignaient aussi les personnes qui se chargeaient des malades atteints de la peste et celles qui s’occupaient d’évacuer les cadavres. Il est fort probable que le masque de protection qu’ils portaient leur ait valu ce surnom. » Et de conclure ce chapitre : « – Néanmoins, le respect initial pour ces oiseaux noirs n’a jamais totalement disparu en Europe, et certains mythes païens sont parvenus jusqu’à nous. Souvent considéré comme le messager de la mort ou parfois oiseau de bonne augure, le corbeau est au cœur de toutes sortes de croyances. Quelles sont-elles? ».

A ce moment de son exposé, Mochè fait une longue pause, Bor et Lina respirent cette pause après avoir bu ses paroles. La bouteille de Bourgogne vide, Mochè sort de la pièce pour aller en chercher une autre. Intriguée par l’écoute si attentive de son ancien compagnon, Lina lui demande : « – Mais Bor pourquoi tu t’intéresses tant à ces oiseaux, la thèse que tu dois faire, je n’y crois pas. Qu’un mémoire sur l’œnologie te tente, je veux bien, mais l’ésotérisme du corbeau je n’y crois vraiment pas. ». Ennuyé Bor ne sait que répondre, s’il parle de ses visiteurs nocturnes Munnin et Hugin, qu’elle va être la réaction de Lina, va-t-elle le suspecter d’avoir été ivre mort et d’avoir déliré sur des rencontres imaginaires. S’il avance le travail de thèse elle ne le croira définitivement pas. Dans les deux cas il passerait pour un imbécile à coup sûr, Bor préfère botter en touche en restant dans le vague. « – J’ai entendu une émission à la radio où ils avançaient des choses incroyables sur la vie des corbeaux, un certain Michel Pastoureau spécialiste des corvidés. J’ai décidé de mieux m’informer pour voir s’il disait vrai. En plus il m’est arrivé dernièrement une histoire assez étrange et… ». A ce moment rentre Mochè avec une autre bouteille de vin. Lina qui attend la fin de la phrase : « – Une histoire étrange et… ». Bor lui répond sèchement : « – Et… je t’en parlerai, éventuellement, le moment venu. ». Mochè ressert les verres vides : « – Bon, j’en étais où ??? ». Lina lui rappelle: « – Tu en étais aux croyances qui tournent autour des corbeaux. ».

Mochè se recale dans sa chaise et continue : « – Dans la plupart des pays d’Europe, le corbeau est considéré comme un oiseau funèbre, voire comme un messager de la mort. Cet oiseau des ténèbres annonce ainsi la mort en planant et criant au-dessus de la maison du futur défunt. S’il se pose sur le toit de la maison, c’est que l’âme du mort est damnée. Ses croassements matinaux n’annoncent rien de bon pour la journée. Des groupes de corbeaux qui crient et se battent dans le ciel annoncent de grandes calamités telles que guerres, famines, épidémies. Ce fut le cas en France avant les épidémies de peste en 1551, 1562 et 1563. ». Mochè se racle la gorge et continue : « – En Bretagne, le corbeau représente l’âme de ceux qui sont morts sans avoir obtenu la rémission de leurs péchés, ou encore ceux dont Dieu ne sait pas, lorsqu’ils meurent, s’il les sauvera ou les damnera. Ils resteront ainsi sous la forme de corbeaux jusqu’au moment du Jugement dernier. Selon la légende… le corbeau, blanc à l’origine, serait devenu noir, pour s’être présenté devant Dieu, un morceau de chair humaine au coin du bec. Dieu irrité, le condamna à devenir le plus noir des oiseaux… ». Dis Mochè avec un clignement d’œil incrédule, puis continue : « – Un corbeau qui crie très tôt le matin annonce la tempête, s’il crie sous la pluie, cela signifie que l’hiver sera long, et qu’il fera beau s’il ouvre le bec au soleil. Cependant… Cependant, le corbeau peut aussi bien avoir une signification sinistre que bénéfique. Ainsi, dans les Ardennes, voir un corbeau symbolise la réussite dans toutes les entreprises et dans certaines régions de l’Allemagne, c’est un oiseau porte bonheur. En Angleterre, on dit : « – Deux corbeaux, bonheur ; trois corbeaux, mariage ; quatre corbeaux, naissance ». Les anglais disent que la dynastie royale s’effondrera le jour où les corbeaux quitteront la tour de Londres. Ils veillent ainsi sur eux en les nourrissant généreusement et remplacent tout corbeau décédé… Ah! typically British! ». Il se resserre un verre de vin et tout en sirotant continue un tour du monde « corvidesque ». « – En Afrique, le corbeau est un symbole de protection : il sert à prévenir les hommes du danger qui les menacent, tandis qu’en Amérique du Nord, le corbeau est vu comme un héros, qui organise et civilise le monde déjà créé par d’autres esprits. En Chine, il est considéré comme un oiseau solaire. Du temps des Han, des pierres sculptées montrent en effet des corbeaux à trois pattes au centre du soleil. Les trois pattes, qui sont l’emblème des empereurs chinois, représentent le déroulement du cycle solaire sur une journée : lever, zénith et crépuscule. Les Tchéous, l’une des plus anciennes dynasties de Chine, voient le corbeau comme un oiseau de bonne augure qui annoncerait leurs victoires et symboliserait leur vertu.
Au Japon, il est le symbole de l’amour familial et représente aussi le messager divin. En Grèce, le Corbeau est consacré à Apollon, c’est un messager des dieux qui remplit des fonctions prophétiques. Selon les époques et les civilisations, les croyances concernant les corbeaux ne cessent d’évoluer et de changer. Les connotations négatives sont moins fréquentes qu’on ne le pense et sont surtout apparues en Europe ces derniers siècles en raison du côté charognard du corbeau. ». A ce moment Mochè fait une longue pause. Comme deux enfants Bor et Lina, les yeux brillants attendent la suite de l’histoire.

Puis Mochè reprend d’un ton solennel et grave, teinté d’ironie : « – Je terminerai cette partie par les croyances liées à la Bible. Lors du déluge et de l’histoire de l’Arche de Noé, la Bible rapporte que Noé aurait envoyé un corbeau pour savoir s’il existait des parcelles de terre viables. Mais le corbeau n’a pas prévenu Noé de la fin du Déluge, et passe donc pour un jouisseur. Leur plumage est alors devenu noir et oui, une nouvelle fois… A croire que les croyances en veulent vraiment à son plumage… Mais à la fin des temps, les corbeaux retrouveront au Paradis leur beauté perdue, et leurs croassements se changeront en chants harmonieux pour célébrer Dieu. Cette croyance est surtout alimentée par le fait que l’expérience fut renouvelée avec une colombe qui, elle, revint avec des feuilles d’oliviers, signifiant que la terre ferme était enfin réapparue et la nourriture à nouveau abondante. ».
Mochè s’arrête, vibrant, en sueur, légèrement fébrile après ce long exposé, puis regardant ses deux amis : « – Mais je vois que les yeux de Lina commencent à papilloter sérieusement. Allez un dernier gorgeon avant le petit conte qui terminera mon récit pour cette soirée. »
Mochè sert une nouvelle tournée et termine la bouteille. Bor sent aussi la fatigue qui le gagne, depuis quelques nuits il dort si peu. Mochè enchaine: « – Je vais vous raconter pour terminer l’histoire « Du grand Corbeau et du Harfang des Neiges ». Au Canada, le grand Corbeau est l’emblème aviaire du Yukon et le Harfang des Neiges celui du Québec. Lina, tu pourras raconter ce conte à notre Anja demain soir. ».

Il se replace sur sa chaise et attaque avec sa voix conteur au ton nerveux et chaud : « – Autrefois, les oiseaux étaient blancs, tout blancs. Un matin, Corbeau et Harfang s’amusaient ensemble sous l’iglou. Comme chaque jour, ils jouaient avec les petits os d’une nageoire aux osselets inugait, un jeu que les Inuits aiment beaucoup. Ils disposaient les os sur le sol et les assemblaient, tantôt pour reconstituer la nageoire, tantôt pour représenter un traîneau avec des chiens ou un iglou et toute une famille. Mais les deux amis se lassèrent et décidèrent de changer de jeu : « – J’ai une idée ! Si on jouait à se peindre le plumage ! » proposa Corbeau à Harfang. « – Oh oui ! Ce serait très drôle ! Mais comment faire ? » Dans leur iglou, bien sûr, ils n’avaient pas de peinture sous la main. Mais Corbeau et Harfang étaient des oiseaux très malins. Ils mélangèrent la suie de la lampe à huile avec du gras de phoque et obtinrent ainsi une sorte de peinture noire très onctueuse. Ils la versèrent dans un petit récipient en pierre à savon. Leur nouveau jeu pouvait commencer ! C’est Corbeau qui se lança le premier. Il tira une longue plume de son aile gauche, la plongea dans la peinture noire, et se mit à l’ouvrage. Il s’appliqua tant et si bien qu’aujourd’hui, Harfang porte encore les magnifiques touches noires que Corbeau lui a peintes sur les ailes ! « – Ça y est! J’ai fini ! Tu peux maintenant te regarder dans la glace ! » Harfang s’approcha du bloc d’eau douce gelée qui dans l’iglou sert de fenêtre et de miroir. Il admira son reflet : ses nouvelles ailes, noires et blanches, lui plurent tout de suite. « – Oh, bravo ! » C’est magnifique ! Et pour remercier Corbeau, Harfang lui offrit une très belle paire de kamiik, les bottes inuit en peau de phoque. Corbeau les enfila et se mit à sauter de joie en criant : « – Merci ! Merci Harfang pour ce beau cadeau ! Je ne vais plus les quitter, elles sont vraiment très belles ! »
« – Bien, dit Harfang, mais maintenant, c’est à mon tour de te peindre. Calme-toi un peu, que je puisse moi aussi te dessiner un beau plumage. » Harfang tira à son tour une plume de son aile, la trempa dans le récipient de peinture noire et tenta de peindre les ailes de Corbeau. Mais Corbeau, fou de joie, continuait de sauter, de bouger, de danser avec ses nouvelles bottes. « – Arrête de bouger ! Comment veux-tu que je m’applique ? J’en mets partout! » Se plaignait Harfang. Mais Corbeau continuait de plus belle. Et plus Corbeau était joyeux, plus il dansait, et plus il dansait, moins Harfang réussissait à peindre de jolis motifs. Au bout d’un moment, excédé, Harfang prit le récipient plein de peinture noire et le renversa rageusement sur la tête de Corbeau. Depuis ce jour, les corbeaux sont noirs, tout noir. Hé, hé ! »

Et cette soirée se termine sur un immense éclat de rire de Mochè qui fait sursauter Bor et Lina.

(à suivre)
Esquisse (1)

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17 réflexions sur “. 6 – Une soirée dans « la Nef des Fous »

  1. Encore un épisode bien arrosé … à la tienne Gil !
    Merci pour le conte inuit qui me rappelle du bon temps passé au loin.
    En prime une chanson de Malicorne (1976 oups ça date) :
    Sur mon chemin j’ai rencontré une pie grièche
    tout au bout d’un bâton plantée des clous dedans la tête
    avec que par devant des petits enfants
    monsieur l’curé derrière qui disait ses prières

    margot margot
    noire comme le charbon
    blanche comme le coton
    margot

    J’espère que pour Bor ça finira moins triste…
    O*

    Aimé par 1 personne

    1. Oh oui! Malicorne! Je l’ai en tête cette pie grièche! Et pour le Nuit Saint Georges, comment dire, ça m’émeut!
      J’en redemande de la légende, du mythe, du symbole et parabole, ça décolle du sol, ça s’envole! Et tu rajoutes un peu de Venise, un soupçon de Bosch et une Belle palpitante à te dévorer le coeur!

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      1. Chère Margot, par une nuit de la Saint Georges, ne serait-il pas agréable d’écouter Malicorne, sur une nef de Bosch, en dévorant ton cœur palpitant ? signé – Le Corbeau

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    2. Waouh MARGOT ! Alors chère Odile, te dire le nombre de fois depuis 1976, que j’ai joué cette chanson, chanté cette chanson, gueulée cette chanson en parades, susurré cette chanson aux enfants, etc. De voir que tu me mets les paroles dans ce blog me fais un choc (agréable, doux, salutaire), mais un choc existentiel… Allez pour le fun, on la chante ensemble…

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    1. Tu as tout à fait raison, Pierrot. Selon la légende tant que des corbeaux habiteront la Tour de Londres, l’Angleterre sera protégée contre les invasions et cela depuis Charles II (1632). Je pense que c’est pour cela qu’ils ne veulent pas de l’invasion de l’€uro !!!
      Il y a 7 corbeaux, actuellement, ils s’appellent : Hardey, Gwyllum, Odin, Thor, Cedric, Hugin et Munin…
      Merci pour vos commentaires très pertinents et vos observations très pointues inspecteur Pierre… à la prochaine

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  2. . Pour faire la portrait d’ un oiseau. Jacques Prévert.

    Pour faire le portrait d’un oiseau
    Peindre d’abord une cage
    avec une porte ouverte
    peindre ensuite
    quelque chose de joli
    quelque chose de simple
    quelque chose de beau
    quelque chose d’utile
    pour l’oiseau
    gilles,
    Quand la réalité rejoint la fiction , c ‘est à la suite , de cette poésie de Prévert , et à l évocation des jeux picturaux de corbeau et Harfang que mes souvenirs d écolières assidus par intermittence ont refait surface.
    Travaillant toujours en duo ma soeur et moi pour les innovations en tout genre , nous avions décidé de peindre la cage des oiseaux 2 petits canaris bien jaune. non contente d avoir bariolé la cage , nous trouvions ce jaune bien fade , alors nous avons avec le plus grand soin colorés les oiseaux , pour faire un « coordoré que je disais du haut de mes 7 ans » , avec la cage .La suite est moins poétique il ne resta que la cage sans les oiseaux ,depuis ce jour je préfère les oiseaux sans les cages , et oui la vie est une cours de récréation , de création , comme les cahiers la vie est un brouillon , à l infini .
    malikakirestedanslacours

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    1. Chère Malika,
      c’est trop beau ce que tu dis là, l’anecdote et des expressions qui me plaisent trop, j’en souligne qu’en même 2 ou 3…
      Je crois que si nous avions de manière imaginaire été en classe ensemble, les séjours dans la cour auraient été de longue durée, pour notre plus grand plaisir, avec bon nombre de conneries à la clef… Avec des conneries à la clef, mon la se mettrait à gonfler… Brassens
      …Avec un manoir à la clé
      Mon la se mettrait à gonfler
      On dirait par tout le pays
      Le joueur de flûte a trahi…

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        1. Gaffe à ton dos et à tes lombaires, quant aux genoux je n’en parle même pas… C’est plus de notre âge de faire ce genre de conneries… Des révérences, non mais ça va pas Malik !

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    1. Bab, je comprends cette impatience, cette hâte, cet agacement peut-être, qui accaparent ta tête, ton esprit , voire ton corps. Mais Munnin et Hugin ont donné trois jours a Bor pour se retourner et dans cet épisode nous n’en sommes qu’à la 1ère journée, hé oui…

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