Il était une fois…

Il était une fois…
un conte d’Odile Taillardat

Il était une fois… mais les contes doivent-ils toujours commencer ainsi ?…. En tout cas c’était il y longtemps, très très longtemps, sur la terre.
Les hommes faisaient vraiment n’importe quoi, ils se battaient, salissaient la terre, détruisaient les forêts, empoisonnaient les rivières et même certains enfants ne rangeaient plus jamais leur chambre. Dieu qui avait fait les hommes à son image était furieux. Il entra dans une grande colère. Une colère noire, de celles qui font peur à tous : « j’exterminerai tout ! Les hommes, les bêtes, ce qui marche, ce qui vole, ce qui nage, ce qui rampe. Tous ! ». Ah oui, en ce temps là Dieu n’était pas commode. Noé qui l’entendait ainsi hurler dans les nues l’implora. Il faut dire que Noé n’avait pas mis la musique à fond et c’est grâce au silence et la légèreté de l’air autour de lui qu’il pu écouter ce que Dieu disait. Et Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur. Ce qui voulait dire en fait qu’il fallait se mettre au boulot dare dare et en vitesse. Noé n’avait obtenu que 7 jours de délai pour construire une arche, grande, très grande, longue aussi, solide bien sûr, ample, vaste, immense, colossale, gigantesque… ENORME ! Sem, Cham et Japhet, les fils de Noé et leurs femmes et la femme de Noé, tous se mirent au travail avec ardeur. Les uns construisaient l’arche, grande, longue, solide, ample, vaste, etcétéra, les autres réunissaient les animaux et la nourriture. Dieu avait aussi accordé à Noé de prendre à bord 7 mâles et 7 femelles d’animaux purs, 2 mâles et 2 femelles d’animaux impurs. On ne sait plus très bien aujourd’hui les critères de sélection, c’est une histoire très ancienne. Et puis les purs d’hier sont peut être les impurs de demain. A moins que tous soient purs aujourd’hui et c’est sans doute mieux ainsi. Ah oui en ce temps là, Dieu n’était pas commode, on l’a déjà dit. Toujours est-il que Noé dû faire pas mal de chemin pour trouver les animaux à sauver, il fallait leur expliquer, les convaincre. Parler au tigre (celui dont on ne doit pas tirer les moustaches), se faire entendre des girafes qui ont les oreilles petites et haut placées, sortir l’ours de son pot de miel pour qu’il écoute. Noé en profita pour alerter les abeilles qui bourdonnaient à côté. Tant bien que mal, les animaux domestiques et les bêtes sauvages furent rassemblés. Eléphants, chats, singes, lapins, belettes, chameaux, ibis, crocodiles, tortue, manchots, vaches, moutons, papillons, paon, hiboux, choux, genoux, cailloux, poux… Escargots et son escarbille, ânesse et son âne, lion et sa lionne, truie et son verrat… Nous en étions au 7e jour. Le ciel commençait à se couvrir, les nuages s’amoncelaient, ils s’amusaient encore un peu. Surtout les petits nuages blancs, bien cotonneux qui changeaient de forme dans le ciel. Ils prenaient l’apparence du léopard, celui-ci venait juste d’entrer dans l’arche, s’arrondissaient et devenaient grenouille, écureuil, zèbre. Mais là c’était difficile parce qu’il fallait convaincre les gros nuages noirs de jouer avec eux pour faire les rayures. Et les gros nuages noirs comme chacun sait, sont des nuages sérieux qui n’ont pas le temps de jouer. Le chargement continuait sous le ciel de plus en plus lourd. Madame Noé eu peur devant les souris, les rats, les mulots, les musaraignes. Petits et grands, gros et rampants, tout le monde trouva sa place. Il était temps. Quand le bateau fut prêt à surmonter les flots Noé s’écria « Seigneur j’ai fait pour le mieux » et déjà la pluie commençait à tomber.
Le ciel était très sombre et de très sombre il passa à noir, très noir, carrément noir, obscur. On ne savait plus à bord si c’était le jour ou la nuit. L’eau monta, monta encore, et l’arche fut soulevée par les flots. A la hauteur des arbres, puis bientôt les séquoias qui sont les plus grands des arbres disparurent. Il pleuvait, il pleuvait on dépassa les montagnes, il pleuvait encore. Comme le lait qui boue dans une casserole, l’arche continuait à monter. Allait-on déborder ? Il pleuvait. Ce n’était pas du crachin breton, ni de la bruine, plutôt une bonne grosse averse mais en plus long, beaucoup plus long, pas une giboulée trop courte et virevoltante. Il pleuvait : c’était un vrai déluge. C’était LE déluge. L’eau se répandit, inonda la terre, les cités furent submergées et tout ce qui n’avait pu monter dans l’arche périt noyé. Il plut pendant 40 jours et 40 nuits. Il plut.


Noé, lui, était débordé de boulot. Traire les vaches, caresser les chats sans vexer les chiens, donner à manger aux renards, nourrir les blaireaux, faire attention aux serpents, ne pas leur marcher dessus, réconforter les perroquets sujets au mal de mer, jargonner quelques histoires aux éléphants qui ont de grandes oreilles, c’est pour mieux t’écouter mon enfant. Sem, Cham et Japhet, leurs femmes et la femme de Noé, tous participaient aux tâches de la vie à bord, faisant en sorte que tout le monde cohabite le mieux possible dans cette arche qui flottait, sur cette eau qui montait, sous cette pluie qui pleuvait…
Un matin, on su que c’était le matin, car il cessa de pleuvoir, Dieu fit souffler un vent sur terre, les nuages se dispersèrent et le soleil encore très timide, au bout de la mer immense, tendit un rayon dans le ciel. La colère de Dieu s’apaisait. L’horizon faisait un cercle autour de l’arche qui du coup se trouvait être le centre du monde. Les eaux reculèrent progressivement pendant 150 jours.
La vie devint plus agréable à bord, on pouvait ouvrir les hublots sans recevoir des paquets de mer dans la figure, le soleil chaque jour plus hardi répandait sa chaleur et la nuit, la lune ronde observait les étoiles qui clignaient de l’œil. Noé se faisait du souci. Le soir il caressait son hérisson si câlin en se demandant encore combien de temps cela allait durer. Nulle terre à l’horizon, nul sommet. Au-dessus de sa tête, le soleil, la lune et les étoiles, autour de lui l’eau, en dessous de lui l’eau. Pourtant une nuit, l’arche heurta quelque chose, les poules dégringolèrent de leur perchoir : l’arche venait de se poser sur le Mont Ararat. La décrue continua et bientôt les sommets des autres montagnes émergèrent. Un jour il envoya un corbeau pour voir si les eaux avaient baissé. Là l’histoire est un peu confuse, on ne sait pas ce que fit le corbeau, on ne sait même pas s’il revint à bord de l’arche, ni même s’il avait ou non perdu son fromage. Bon là-dessus Noé envoya une colombe. Elle ne trouva aucun endroit ou se poser et revint vers l’arche, car les eaux recouvraient encore toute chose. Noé lui tendit la main et la reposa délicatement dans son nid. Sept jours plus tard, l’ayant nourrit des grains qui restaient, il lâcha à nouveau la colombe. Elle revint vers lui le soir et voici qu’elle portait un rameau d’olivier dans son bec. Alors Noé su que les eaux avaient baissé. Il annonça la bonne nouvelle à tous. Ce fut un concert de glapissements, de rugissements, de feulements, de hennissements, de braiments… et même de gazouillis mais on avait du mal à les entendre parce que les mésanges s’étaient perchées sur la trompe de l’éléphant qui barrissait bruyamment. Noé attendit encore 7 jours et renvoya la colombe en reconnaissance. Elle ne revint pas et Noé su que les eaux s’étaient retirées. Il sortit avec sa femme, ses fils et les femmes de ses fils.
Et Dieu dit « Je ne répandrais plus ma malédiction sur terre à cause des hommes, je ne frapperai plus de mort ce qui vit ». Et Dieu ajouta « Croissez, multipliez-vous et remplissez la terre». Ce fut la dernière grosse colère de Dieu et en signe de paix il proposa de faire alliance avec l’homme. Quand tous furent sortis de l’arche, cerfs et biches, loups, cigognes, guanacos, rhinocéros, kangourous, chinchilla, se bousculant du bonheur de retrouver la terre ferme, Dieu envoya dans les nues le signe d’alliance promis, un tag dans le ciel, rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet : l’arc-en-ciel.

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